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avec des positions officielles de l'administration.
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: cedef@finances.gouv.fr
Prêter de petites sommes aux populations des pays les plus pauvres, afin de leur permettre de sortir de la pauvreté. Cette définition succincte du microcrédit en montre le paradoxe : modestie des moyens, grande ambition. Modeste à son origine, la microfinance, qui comprend l'ensemble des services financiers destinés aux exclus de la banque traditionnelle, a connu ces dernières années un essor international. Née dans les pays en voie de développement, elle s'adresse désormais aussi aux exclus des pays industrialisés. En 2006, la Fondation Nobel décernait à Muhammad Yunus, considéré comme le créateur du microcrédit, le prix Nobel de la Paix. Alors que l'ONU a placé la lutte contre la pauvreté en tête de ses objectifs du millénaire pour le développement, la microfinance est apparue comme un levier novateur pour y contribuer.
Le microcrédit est né dans les années 1970, du constat de l'inadéquation de l'offre bancaire traditionnelle aux besoins des populations des pays en voie de dévoppement. Considérés comme non solvables, incapables de fournir des garanties suffisantes, les habitants des régions les plus déshéritées du monde n'ont longtemps eu d'autre alternative que le recours aux usuriers pour emprunter. Les premières institutions de microfinance (IMF) ont alors créé de toutes pièces un nouveau modèle bancaire fondé sur la proximité culturelle et géographique entre le prêteur et l'emprunteur.
Une femme, un groupe, un projet. Le principe de base du microcrédit, premier produit mis en place par la microfinance, est de proposer à un individu une somme modeste, correspondant à son besoin immédiat, et remboursable par petites traites sur une période courte. Dans plus de 90 % des cas, le client de l'IMF est une femme, porteuse d'un projet économique précis à l'échelle d'un village ou d'un quartier. Elle appartient en règle générale à un petit groupe de femmes, constitué pour l'occasion, dont chaque membre souscrit son propre emprunt et se porte garant des autres. La conclusion du prêt se fait de manière individuelle, après étude de la viabilité économique du projet, mais sans garantie autre que la solidarité, considérée comme une pression suffisante sur chacun des membres du groupe. Cependant, le contrat de prêt s'accompagne souvent d'une épargne obligatoire, constituée par une fraction de la somme empruntée et récupérable après remboursement total.
Proximité et rentabilité. Les IMF ne sont pas des organisations caritatives ou humanitaires : elles visent l'équilibre économique de leurs activités. Elles se distinguent des institutions financières traditionnelles par un accompagnement des emprunteurs tout au long de la durée du contrat. Pour autant, si leur objectif originel est la lutte contre la pauvreté, elles mettent en place un dispositif assurant leur indépendance financière. Elles pratiquent ainsi des taux élevés et veillent au retour total des sommes prêtées. Sur ce dernier point leur succès est incontestable : elles obtiennent le plus souvent des taux de remboursement largement supérieurs à ceux enregistrés dans les réseaux habituels. Ce résultat est atteint grâce à un travail de terrain assidu, à une bonne connaissance de la population et des emprunteurs, à un suivi de proximité et à la mise en place de modes de remboursement adaptés, souvent sur un rythme hebdomadaire.
Depuis les premiers prêts conclus par la Grameen Bank en 1976 au Bangladesh, le visage de la microfinance s'est transformé. Parti d'expérimentations locales très diverses adaptées à un environnement spécifique, le concept de microfinance est devenu un standard économique dans l'univers financier.
Diversité des structures. Dès son origine, la microfinance a donné lieu à un véritable foisonnement qui s'est traduit par une multiplication des organismes prêteurs à travers le monde. Dénué de modèle économique, le secteur est alors très fragmenté, les IMF relevant de statuts juridiques très variés : association, organisation non gouvernementale, coopérative, mutuelle. La croissance du secteur et sa professionnalisation n'a fait qu'accroître sa diversité : à côté des structures traditionnelles, se sont développées de véritables banques ou filiales de banques commerciales. Ainsi, le secteur de la microfinance reste extrêmement hétérogène : sur un total estimé à 10 000 IMF, plus de 7 000 sont de très petites structures locales, fonctionnant à l'échelle d'un village ou d'un quartier, et souvent fragiles.
Diversification des produits. Les grandes IMF se sont développées en professionnalisant leurs pratiques, souvent calquées sur le management des entreprises classiques. Elles travaillent à la fidélisation de leur clientèle, et diversifient leur offre en multipliant les produits : microépargne, microassurance, crédit logement, transferts d'argent, bourses d'étude. Elles développent souvent par ailleurs des produits non financiers d'appui et de conseil, et renforcent leur vocation sociale à l'aide de programmes d'alphabétisation, d'éducation, d'hygiène, etc., parfois considérés comme des facteurs de réduction des risques.
Rôle des pouvoirs publics. Si, historiquement, le propre de la microfinance est d'agir en dehors des programmes publics, voire en palliant leurs déficiences, le développement des IMF peut difficilement se faire sans l'appui des pouvoirs publics, aussi bien en terme de financement initial et de subventionnement, que d'environnement législatif. Le taux d'usure, par exemple, est souvent un véritable obstacle pour les IMF, qui ne peuvent équilibrer leurs comptes qu'en pratiquant des taux élevés. Ainsi, pour favoriser le développement du secteur, de nombreux États adaptent leur législation, notamment en matière bancaire. Des programmes d'aide ou de cautionnement se développent sur le plan national ou international : c'est notamment l'un des objectifs du Fonds d'équipement des Nations-unies.
L'introduction de la microfinance dans les pays développés, dotés de systèmes bancaires performants, s'est faite plus tardivement et avec le soutien des pouvoirs publics, qui ont vu dans ce modèle un vecteur d'intégration économique pour leurs exclus. Le principe s'est adapté aux réalités d'une économie intégrée, avec un objectif le plus souvent limité à l'attribution de prêts bancaires à vocation économique. En Europe, la France a été précurseur en la matière et reste le premier fournisseur de microcrédits.
La lutte contre l'exclusion bancaire en France. On estime que 1 à 2% de la population française n'a pas accès aux services bancaires et financiers : il s'agit de sans abris, mais aussi de personnes en situation de surendettement. L'exclusion bancaire est dans ce dernier cas partielle : titulaires d'un compte en banque, certaines personnes ne disposent pas de moyens de paiement ni d'accès au crédit. Pour lutter contre l'exclusion bancaire, le code monétaire et financier (article L 312-1), prévoit une procédure de droit au compte. De la même manière, les personnes atteintes de maladies graves, ou ayant des antécédents d'affections graves, confrontées aux refus de prêts, peuvent désormais bénéficier de la convention Aéras, entrée en vigueur en janvier 2007.
Le microcrédit en France : une politique publique. L'introduction du microcrédit en France, à la fin des années 1980, avec la création de l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique), fonctionnant sur subventions publiques, s'est faite grâce à un amendement de la loi bancaire lui permettant d'emprunter pour prêter. La loi du 2 août 2005 en faveur des PME prévoit par ailleurs un déplafonnement des taux d'intérêt sur les prêts accordés aux entreprises individuelles. Le microcrédit, initialement réservé en France à la création d'entreprise, s'est élargi au prêt personnel : le Fonds de cohésion sociale a été créé en ce sens par la loi du 18 janvier 2005 de cohésion sociale, afin de garantir des prêts aux exclus. Il appuie des associations comme l'Adie, France initiative réseau ou France active, dont certaines pratiquent le microcrédit social.
Les programmes communautaires. La pratique française rejoint la politique communautaire en matière de microfinance qui, dans le cadre du programme pluriannuel pour les entreprises adopté en 2000, a institué un volet garantie du microcrédit géré par le Fond d'investissement européen. Il est destiné à garantir les prêts proposés par les IMF européennes, publiques ou privées. Cette politique s'enrichit en 2007 du programme Jeremie, destiné à favoriser l'accès des petites et micro-entreprises au crédit.
La propagation du microcrédit à travers le monde, sa vocation sociale et sa réussite manifeste, ont souvent soulevé l'enthousiasme des acteurs et des spécialistes du secteur. Mais, si l'effet produit dans les pays développés est facilement mesurable, l'impact réel dans les pays en voie de développement reste sujet à débat.
Un succès économique incontestable. Le modèle économique mis en place par les IMF a démontré son efficacité : créé sur le terrain, en adéquation complète avec les réalités locales, il a su trouver son équilibre et permettre aux grandes IMF d'atteindre rapidement le seuil de rentabilité indispensable à leur survie et à leur indépendance, certaines allant jusqu'à refuser les donations privées. Cette pratique indépendante a permis aux IMF de se développer en contournant les risques de corruption et de détournement de fonds. Elle a pour effet de démocratiser l'accès au capital, de favoriser l'initiative individuelle tout en accompagnant la gestion des risques.
Un impact social en débat. Les vertus sociales attribuées à la microfinance concernent en grande partie le rôle des femmes et leur participation, à travers l'activité économique, aux décisions importantes du foyer et de la communauté. L'accent est mis également sur les programmes sanitaires, pédagogiques ou d'hygiène, et, plus généralement, sur les effets vertueux des microcrédits individuels sur les proches, le quartier, le village. A contrario, les critiques adressées à ces pratiques concernent les risques de surendettement, de surmenage des femmes obligées de tenir des objectifs économiques en plus des charges domestiques. La microfinance, qui ne bénéficie pas aux plus pauvres, est parfois accusée de servir d'alibi aux gouvernements ou aux organisations internationales, mais également de favoriser l'entreprise individuelle et l'accumulation au détriment des pratiques solidaires locales.
Les défis de l'avenir. Au-delà des débats, parfois idéologiques, sur leur influence réelle, les institutions de la microfinance sont aujourd'hui confrontées à une série de défis dont dépend leur pérennité : amélioration de leur efficacité, renforcement de leurs moyens, extension géographique. Pour les relever, elles doivent attirer des investisseurs internationaux et atteindre les régions peu peuplées et les populations les plus pauvres. En tout état de cause, on s'accorde actuellement à dire que la microfinance est un outil parmi d'autres, qui ne peut à lui seul lutter contre le sous-développement, ni dédouaner les pouvoirs public nationaux et internationaux de leur rôle premier dans la lutte contre la pauvreté.
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