Repères

Anne BOSCHE-LENOIR

Anne BOSCHE-LENOIR, ancienne sous-directrice du Budget

Le 02/12/2019

À l’honneur aujourd’hui de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Anne BOSCHE-LENOIR, ancienne sous-directrice du Budget, actuelle directrice déléguée à la direction générale TER, adjointe du directeur général de SNCF Mobilités.

Diplômée de l'École des hautes études commerciales (HEC), licenciée en droit,  diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris, Anne BOSCHE-LENOIR est aussi ancienne élève de l'École nationale d'administration (promotion « Fernand BRAUDEL »).

Anne BOSCHE-LENOIR entre à la direction du Budget en 1987. Adjointe au chef de bureau 6D (« Agriculture et Europe »), elle s’occupe des politiques agricoles, puis des affaires européennes de 1988 à 1991. En 1992, elle effectue sa mobilité au sein de la banque européenne pour la reconstruction et le développement, en qualité de principal banker puis senior banker, responsable du « Project Finance » dans le secteur agroalimentaire pour l’Europe de l’Est.

Anne BOSCHE-LENOIR retrouve la direction du Budget en 1996 et devient cheffe du bureau 4C (« Recherche, Espace et Aéronautique, Poste et France Telecom »), puis cheffe du bureau 5C (« Logement, Equipement, Tourisme et Aménagement du territoire ») en 1997. En 1999, elle est nommée sous-directrice, chargée de la 7e sous-direction (« Politiques agricoles et environnementales, Affaires étrangères, Commerce extérieur et Aide au développement, Affaires européennes »).

De 2004 à 2013, elle rejoint la Région Île-de-France et assume les fonctions de directrice générale adjointe chargée des affaires financières. En 2013, elle quitte la région pour la SNCF, d’abord en qualité de directrice de l’audit et des risques du Groupe, puis, comme directrice stratégie, finances, juridique à la direction générale TER.

Depuis 2016, Anne BOSCHE-LENOIR est directrice déléguée à la direction générale TER, adjointe du directeur général de SNCF Mobilités.

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?  »

Anne BOSCHE-LENOIR : « C’est d’abord avoir la passion de la bonne utilisation des deniers publics chevillée au corps, en toute circonstance. Être doté d’une forte curiosité intellectuelle pour pouvoir passer d’une politique publique à une autre. Être capable de synthétiser des problèmes complexes en peu de mots, dans un délai restreint et pouvoir défendre des positions difficiles devant des interlocuteurs de haut niveau, voire des ministres et ce dès le début de sa carrière. Aller au fond des choses en analysant le problème posé dans toutes ses composantes afin de proposer des solutions pertinentes et abouties aux décideurs.

Un budgétaire se doit d’être rigoureux, rapide et clair. Il doit être doté d’une forte capacité de résilience car il apportera souvent un point de vue divergent et ne gagnera pas tous ses arbitrages. Il doit trouver le bon équilibre dans la relation avec le ministère dont il a la charge afin d’obtenir les informations nécessaires à son travail. Il doit savoir hiérarchiser les sujets et être un fin négociateur pour arriver à trouver des compromis sur les sujets qui ne méritent pas de remonter au cabinet. Enfin, Il doit trouver la bonne articulation avec le cabinet pour démultiplier et rendre plus efficace leur pouvoir d’influence. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

A.B-L : « La Présidence française du conseil des ministres du Budget en 1989. Entrée 18 mois avant à la direction du Budget, cela a été une expérience unique et très formatrice. Premier budget élaboré après l’adoption de l’accord institutionnel 1988-1992, il s’agissait de montrer que ce nouveau cadre, bien que non contraignant, fonctionnait mieux. Il a fallu élaborer une position de négociation puis construire pas à pas des compromis d’abord avec mes homologues dans les délégations étrangères, puis au niveau des ministres sur les points de blocage. Il a alors été décidé d’aller voir les principaux ministres concernés, ce qui nous a amené à sillonner les capitales européennes avec le ministre, à l’époque Michel CHARASSE, et son conseiller budgétaire, pour convaincre les délégations récalcitrantes. Cela m’a appris à écouter le point de vue des autres, comprendre les différences culturelles, et à bâtir des compromis à partir de cette compréhension. Cette expérience m’a servi dans toutes les négociations européennes que j’ai pu faire ensuite, en me permettant de sortir d’une approche purement intellectuelle et en s’appuyant sur des relations interpersonnelles nouées avec tel ou tel délégué. J’ai également appris l’efficacité du binôme cabinet/service. »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

A.B-L : « Ne pas avoir réussi à impulser et diffuser une véritable culture de la gestion publique en dehors d’un cercle d’experts. À la lumière de mon expérience au sein de l’État, en collectivité et dans une entreprise publique, je pense que nous n’arriverons pas à modifier la culture des moyens qui continue à prévaloir dans la sphère publique, notamment celle des collectivités territoriales, sans engager un débat en toute transparence sur les conséquences des différents choix en matière de politique publique. En rentrant de ma mobilité de 4 ans au Royaume-Uni, je pensais pouvoir y contribuer et je me suis beaucoup investie dans la préparation de la LOLF. Les choses ont évolué mais à un rythme que j’ai trouvé décevant par rapport aux pays qui se sont attaqués à ces problèmes (par exemple le Canada et la Suède). Avec l’évolution de la société et des demandes des citoyens, il me semble que la fonction de budgétaire devrait évoluer pour intégrer ce travail de pédagogie nécessaire à la diffusion d’une culture de bonne gestion des deniers publics. Le débat budgétaire ne peut plus être un débat d’experts. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

A.B-L : « Les voyages en mode baroudeur. J’ai découvert la randonnée en montagne par hasard comme étudiante à HEC et ce virus ne m’a jamais abandonnée. Cela permet de se reconnecter à la nature en un temps record. J’ai fait des randonnées à peau de phoque à ski en Autriche, en Suisse, dans les Alpes et également beaucoup de randonnées à pied dans l’Himalaya et en Amérique du Sud dans des climats très différents (tropicaux, en altitude...).  J’ai fait mon voyage de noces, alors en poste à la direction du Budget, en allant marcher dans l’Hindu Kush au Pakistan, puis dans une région peuplée d’animistes appelés les Kalash. Ce n’était pas courant à l’époque et c’est devenu aujourd’hui impossible à faire. Nous sommes ensuite allés marcher en 1989 au Dolpo, région népalaise tibétaine qui s’ouvrait pour la première fois aux touristes en se faisant déposer en avion à 4 semaines de la première route. Nous avons entraîné nos enfants dans cette passion et nous partageons ensemble la joie de l’effort et de la nature préservée. L’été dernier nous sommes allés marcher au Kirghistan et avons fait une randonnée jusqu’à 4000 m au milieu des yacks, des chevaux en liberté, des aigles royaux et des marmottes en dormant dans des yourtes avec les nomades. C’était absolument magnifique. »