Repères

Christophe BLANCHARD-DIGNAC

Christophe BLANCHARD-DIGNAC, ancien directeur du Budget

Le 03/12/2019

À l’honneur aujourd’hui, Christophe BLANCHARD-DIGNAC, ancien directeur du Budget, actuel conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes, Président d'honneur de la fondation Bordeaux Université, et Président d'honneur de La Française des jeux.

Christophe BLANCHARD-DIGNAC est licencié en droit, diplômé de l'Institut d'études politiques de Bordeaux, diplômé d'études supérieures de droit public, et ancien élève de l'École nationale d'administration (promotion « Michel de L'HOSPITAL »). À sa sortie de l’ENA, en 1979, Christophe BLANCHARD-DIGNAC rejoint la direction du Budget, en qualité d’adjoint au chef de bureau, affecté à la 2e sous-direction du Budget. Il rejoint, en 1981, la : à la 4e sous-direction. De 1983 à 1985, il est détaché au titre de la mobilité, en qualité de chargé de mission auprès du directeur central à la Caisse nationale de crédit agricole. Christophe BLANCHARD-DIGNAC retrouve la direction du Budget en 1985, pour diriger le bureau 4A (énergie-matières premières-chimie).

En 1986, il devient conseiller technique au cabinet du ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation (Edouard BALLADUR). En 1998, Christophe BLANCHARD-DIGNAC retrouve la direction du Budget. Il est nommé chef du bureau 3D (établissements publics à caractère administratif, culturel, audiovisuel).

La même année, il devient sous-directeur de la 2e sous-direction (politique salariale de l’emploi dans la fonction publique et le secteur public ; questions statutaires et indemnitaires pour les personnels civils et militaires de la fonction publique). De 1991 à 1993, il dirige la 4e sous-direction (budgets des ministres : Industrie, Commerce et Artisanat, Transports, Recherche, PTT et parafiscalité).

De 1993 à 1994, il exerce à la fois les fonctions de directeur adjoint, et de sous-directeur de la 4e sous-direction. L’année suivante, il devient directeur général adjoint, directeur financier et conseiller du président de La Poste. De 1995 à 2000, Christophe BLANCHARD-DIGNAC est directeur du Budget.

De 2000 à 2014, il dirige, en qualité de président-directeur général, La Française des jeux. Depuis 2015, Christophe BLANCHARD-DIGNAC est conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes, mais également président de la coordination des associations pour la sauvegarde du Bois de Boulogne. Il est également Président d’honneur de la fondation Bordeaux Université, et Président d’honneur de La Française des jeux.

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ? »

Christophe BLANCHARD-DIGNAC : « Il y a en apparence deux sortes de budgétaires : les « durs » qui peuvent en avoir le physique d’ailleurs, et les « softs », qui cachent mieux leur jeu.

Mais, dans les deux cas, c’est la même qualité qui forge un budgétaire : la fermeté dans l’adversité. Un budgétaire plie mais il ne rompt pas ; et surtout il ne renonce jamais, il se tient prêt : « The readiness is all », disait déjà Hamlet.

Finalement, la seule nuance est de savoir si cette fermeté est plus abrupte que courtoise, ou l’inverse. Je me souviens d’une de mes premières réunions interministérielles : tenant bon la position que m’avait demandé de défendre mon chef de bureau, ma « victime » du moment m’avait remercié. Plus qu’étonné, je lui dis que je venais de tout lui refuser. Oui, m’avait-il répondu, mais vous l’avait fait de manière aimable. Le temps du budgétaire n’est jamais le présent, trop désagréable pour lui. Soit il se tourne avec nostalgie vers le passé (arrivé à la direction du Budget en 1979 j’ai même connu ceux qui avaient connu les derniers budgets en équilibre !), soit il se projette dans le futur, souvent pour annoncer des « menaces » et des catastrophes budgétaires qui hélas arrivent mais qui, depuis le passage à l’euro, ne sont plus sanctionnées par des dévaluations. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

C.B-D : « Ce sont des souvenirs du cabinet Finances 1986-1988 et de mon « quinquennat » 1995-2000. En mai 1986, la décision est prise de dévaluer. Conseiller budgétaire du ministre d’État, je suis mis dans la confidence pour réfléchir à des mesures vigoureuses d’ajustement. Suivant le contrechoc pétrole-dollar qui venait d’intervenir, l’inflation à venir était en forte baisse et l’effet en année pleine des mesures salariales, décidées avant les élections, allait accorder un pouvoir d’achat beaucoup plus fort que prévu. Il fallait, pour la première fois de mémoire de budgétaire, bloquer le « point fonction publique », mesure à l’impact démultiplié s’il en est (hôpitaux, collectivités locales, pensions de retraite et de guerre). Et un dimanche, avec l’appui d’un budgétaire connu, invité pour l’occasion, nous expliquons au directeur de cabinet les subtilités de la RMPP et du « GVT positif » : non seulement aucune augmentation n’allait intervenir en 1986 mais surtout on ne devait rien !

Outre les sujets budgétaires, je suivais notamment ceux des transports terrestres. Un énième plan de relance autoroutière est décidé par le Premier ministre de la première cohabitation, financé par l’argent des premières privatisations.

Alerté par une note de la direction du Trésor, dont j’étais le correspondant au cabinet, je convainquis le ministre d’État de profiter des 2 milliards de francs mis sur la table pour prendre le contrôle des sociétés d’économie mixte dont l’état financier alors peu enviable ne devait pas durer, la suite le prouvant. Le paradoxe d’étatiser lesdites SEM avec l’argent des privatisations n’étant que l’une des manifestations du pragmatisme budgétaire ! Un souvenir directorial : une visite du FMI. L’alternance a joué et l’équipe en place m’a conservé. Les comptes publics continuent à se redresser mais le FMI ne croit pas les prévisions d’exécution, pourtant vraies, que le Cabinet lui a indiquées.

Le directeur de cabinet m’appelle pour convaincre le chef de mission de modifier son projet de rapport. Ne lui ayant jamais menti en quelque 3 ans, il a confiance en ma parole et l’exécution budgétaire « dans la cible » lui donnera raison. Un budgétaire, quand il donne sa parole, la tient.

Deuxième souvenir directorial : la préparation des écofin franco-allemands. Le secrétaire d’État administratif allemand de l’époque relevait de la première catégorie de budgétaire que j’ai décrite. Disons-le tout net : il était franchement désagréable. À mes débuts, en 1995, il riait de notre situation budgétaire : nous étions il est vrai à 6 % de déficit et trois ans après, il fallait être à 3 %. J’avais illustré sur un graphique tout simple l’écart que nous avions avec cette cible et avec le modèle que constituaient les finances publiques germaniques. Tous les ans nous tenions nos objectifs ; tous les ans les Allemands pris par le coût de la réunification, ne les tenaient pas. J’avais toujours mon graphique et, un jour, nous devînmes « meilleurs » qu’eux. La tête que fit, en le lisant, notre austère collègue fut l’un de mes grands moments de bonheur. Nous eûmes cependant le triomphe modeste et bien nous en prit pour la suite, qui est connue ! »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

C.B-D : « La mémoire d’un budgétaire, si elle est vide de remords, est toujours pleine de regrets. Chacun a entendu parler de la note « dissolution » du directeur du budget, au printemps 1997. Elle était incontestablement pessimiste mais un jour, je l’espère, ceux qui furent à l’origine de cette erreur d’appréciation politique seront connus. Mon regret est que la note de perspectives, telle qu’elle était alors conçue, n’aurait pas dû être mise sous tous les regards. Il y avait à l’époque une dramaturgie propre au style budgétaire, qui montait en puissance, avec certes toujours une « happy end » mais au prix d’efforts aussi douloureux qu’impopulaires. Ma devise a toujours été qu’il vaut mieux avoir des ennuis en faisant son travail que pour ne pas l’avoir fait. Mais tout le monde ne pense pas ainsi ! Avec le directeur de la prévision, nous tirâmes les leçons de cette affaire et nous engageâmes une collaboration fructueuse permettant à tout un chacun de bien comprendre le scenario macro-économique et la copie budgétaire qui en était naturellement le corollaire. Good old days ! »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? 

C.B-D : « Malgré mon âge avancé, je suis encore capable de faire le « poirier ». Avoir la tête en bas, en se tenant bien sur les mains, aide peut-être à mieux comprendre la situation des finances publiques qui est souvent, disons-le, quelque peu « sens dessus dessous » !