Repères

Guillaume RAUFFET

Guillaume RAUFFET, directeur général délégué de l’AFPA

Le 03/12/2019

À l’honneur aujourd’hui de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Guillaume RAUFFET, ancien chef du bureau des lois de finances, actuel directeur général délégué de l’AFPA.

Sorti de l’ENA en avril 2011 à la direction du Budget, j’ai rejoint le bureau recherche et enseignement supérieur - 3 MIRES - comme adjoint en charge de la masse salariale et de la politique spatiale. Avec le passage des universités aux responsabilités et compétences élargies qui s’accompagnait du transfert de leur masse salariale, et la préparation du nouveau lanceur Ariane 6, j’ai eu la chance d’apprendre le métier budgétaire sur des sujets qui me passionnaient.

J’ai aussi eu la chance d’avoir des chefs, Grégory CAZALET et Vincent MOREAU, qui prenaient très à cœur la formation des nouveaux arrivants et qui m’ont énormément appris. J’ai compris plus tard que cette transmission du savoir faisait partie de la culture de la direction. Ensuite, entre 2013 et 2015, j’ai contribué à la mise en œuvre de la nouvelle loi organique relative aux lois de programmation au bureau de la politique budgétaire, avant de prendre le bureau des lois de finances comme chef de 2015 à 2017, à une période où on pratiquait plus le décret d’avance que la loi de finances rectificative ! En juin 2017, j’ai rejoint le cabinet de Gérald DARMANIN, ministre de l’Action et des Comptes publics, comme conseiller budgétaire, mais aussi à partir de septembre 2017, en charge des finances locales. En décembre 2019, je rejoins l’AFPA comme directeur général délégué. 

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?  »

Guillaume RAUFFET : « Être budgétaire ce n’est pas seulement exercer la fonction financière au sein de l’État, c’est aussi une culture, un type de personnalité, voire une identité connue et reconnue au sein de la fonction publique. Entre le comptable et l’économiste, le technicien et le politique, le budgétaire doit accepter et même parfois savoir utiliser dans ses négociations une image un peu sulfureuse de « méchant », souvent redouté par les autres ministères, dont la raison d’être est de représenter l’intérêt du contribuable dans le processus de décision. En parallèle, si le budgétaire est toujours écouté - mais pas toujours suivi ! -, c’est aussi qu’il a une réputation d’efficacité, de compétence, de rigueur et d’une grande connaissance du fonctionnement de l’État et des politiques publiques en général. Cette réputation existe et est entretenue grâce à l’investissement professionnel total et l’immense capacité de travail de la communauté des budgétaires. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

GR : « La mise en place des contrats de Cahors avec les grandes collectivités locales au cœur du 2e  semestre 2017, très dense budgétairement, est une véritable innovation en matière de gouvernance des finances publiques qui s’est jusqu’à présent montrée efficace, contre l’attente des plus pessimistes. Et pourtant, leur cadre législatif a été élaboré dans des conditions extrêmes, puisqu’il a été défini progressivement en automne, tout au long de la discussion parlementaire de la loi de programmation des finances publiques et en lien avec les représentants des élus locaux. La conférence avec les élus a eu lieu à Cahors un jeudi, l’amendement qui en résultait fut déposé dans la nuit du jeudi au vendredi pour être discuté et adopté le vendredi. C’est une nouvelle preuve d’une vérité connue de tous les budgétaires : la contrainte et la pression peuvent aider à réaliser de grandes choses ! »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

GR : « Par définition les budgétaires ont toujours des regrets, presque autant qu’ils ont perdu d’arbitrages ! L’un de mes principaux regrets de ces dernières années est que le ministère du Budget n’ait pas plus pesé sur les orientations des politiques sociales. Alors qu’il a toujours été possible de travailler avec le ministère du Travail, qui partage une même culture économique avec le ministère des finances entendu au sens large, la gouvernance des comptes sociaux est encore relativement indépendante de notre politique budgétaire. La coexistence de deux textes financiers chaque année n’est pas pour faciliter cette nécessaire convergence ! »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

GR : « Le métier de budgétaire oblige parfois à improviser, voire à bluffer, il faut bien le reconnaître ! Quelques jours après mon arrivée à la direction du Budget, mon chef m’a ainsi laissé représenter la direction du Budget à une réunion préparatoire d’un conseil d’administration d’un grand organisme de recherche, alors qu’il lui était demandé de corriger une écriture comptable de 25 M€, ce qui avait pour effet de dégrader d’autant son résultat. J’ai donc dû faire la leçon au directeur financier de l’organisme du haut de mon expérience de quelques jours... Ce genre de situation n’est pas rare dans le métier de budgétaire, qui est aussi un métier de représentation et de jeu de rôle, où il faut savoir tenir une position et garder son sang-froid face à des interlocuteurs plus expérimentés. Sans avoir moi-même joué au théâtre, je dois avouer que cet aspect du métier m’a toujours beaucoup plus ! »