Repères : politique, procédure et gestion budgétaires

Juliette Martin

Juliette MARTIN, adjointe au chef du bureau du budget au ministère de l’Éducation nationale

Le 03/12/2022

À l’honneur aujourd’hui de notre série « Portraits de budgétaires depuis 1919 », Juliette MARTIN, adjointe au chef du bureau du budget de la mission « Enseignement scolaire » au ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Juliette MARTIN est diplômée de l’ESSEC.

À sa sortie de l’école, en 2009, elle rejoint la direction du Budget où elle occupe successivement les fonctions de chargée de mission « Performance » au sein de la mission « Performance de l’action publique » (2MPAP), devenue aujourd’hui 2PERF, puis d’adjointe au chef du bureau « Logement, ville et territoires » (4BLVT).

En 2014, elle rejoint la direction des affaires financières du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse où elle exerce aujourd’hui les fonctions d’adjointe au chef du bureau du budget de la mission « Enseignement scolaire ».

 

La direction du Budget : « Pour vous, c’est quoi être budgétaire ?  »

Juliette MARTIN : « Être budgétaire, c’est d’abord développer une expertise forte sur les politiques publiques que l’on suit. Cela implique, lorsque cela est possible et opportun, d’aller sur le terrain, de rencontrer les acteurs concernés pour comprendre le fonctionnement des dispositifs financés, en appréhender les forces et les faiblesses ; d’étudier, le cas échéant, l’articulation de ces dispositifs avec ceux portés par les collectivités territoriales ; de s’intéresser aux pratiques à l’international.

C’est ensuite savoir questionner l’utilité et l’efficacité de la dépense ; ne pas craindre de remettre en cause l’existant, tout en priorisant les « combats ». Bien souvent, l’instauration de relations constructives avec ses interlocuteurs ministériels permet de bâtir des positions plus solides, mieux documentées et ainsi plus facilement défendables.

Être budgétaire, c’est aussi tenter de concilier le temps court, renforcé par une contrainte budgétaire de plus en plus présente, et le temps long souvent nécessaire aux réformes. »

La DB : « Quelle grande réforme, quelle politique publique à laquelle vous avez contribué vous laisse un souvenir marquant ? »

JM : « En tant qu’adjointe au chef du bureau « Logement, ville et territoires », j’ai eu la chance de contribuer à la politique d’urbanisme en assurant notamment la tutelle financière des établissements publics d’aménagement d’État.

Bien que le poids budgétaire des subventions versées à ces établissements soit faible, les enjeux en matière de maîtrise des risques ne sont pas négligeables. Ces établissements ont en effet fortement recours à l’emprunt du fait du décalage entre les recettes et les dépenses inhérent au modèle économique de l'aménagement.

Si ce poste m’a permis de faire un mini tour de France, de Mantes-la-Jolie à Marseille, en passant par Nice, Saint-Étienne ou encore Bordeaux…, il m’a surtout permis de découvrir un secteur passionnant présentant des problématiques propres à la gestion d’entreprise mais aussi spécifiques au métier d’aménageur urbain.

Parmi les souvenirs marquants sur ce secteur, je retiens : les négociations conduites avec le ministère en charge de l’urbanisme lors de réforme de la gouvernance des établissements ; l’accompagnement de la liquidation de l’un de ces établissements ; et bien sûr, quelques conseils d’administration mouvementés, particulièrement à Marseille et à La Défense… ! »

La DB : « Un de vos regrets, si c’était à refaire ? »

JM : « Un constat peut-être : en 2009, 2MPAP a initié un travail de simplification du dispositif de performance afin de faciliter l’appropriation de la démarche par l’ensemble des acteurs et de redonner une dimension politique au pilotage de la performance. De nombreuses administrations ont développé un véritable dialogue de gestion, à tous les niveaux de gestion, s’appuyant sur les principes et métiers du contrôle de gestion. Néanmoins, encore aujourd’hui, pour beaucoup d’acteurs publics, un bon budget est un budget qui augmente. La logique de moyens reste profondément ancrée dans la culture publique française. »

La DB : « Votre talent insoupçonné, votre passion, une expérience de vie insolite ? »

JM : « Un talent insoupçonné ? Certainement pour le chant, tous mes anciens collègues de bureau peuvent en témoigner !

Une expérience de vie insolite à la DB ? L’une des forces de la DB est de regrouper des agents qui ont à la fois un sens aigu des responsabilités et un fort esprit de cohésion. Je garde particulièrement en mémoire les soirées de bouclage des documents budgétaires, lorsque j’étais chez 2MPAP, dans une atmosphère à la fois studieuse et détendue.

Je me souviens également de ma première réunion chez le directeur du Budget, peu de temps après mon arrivée chez 2MPAP. Je me déplace en fauteuil roulant. Au moment de quitter mon bureau pour rejoindre le 8e étage, impossible de bouger : mon pneu gauche était crevé par une punaise. Ma collègue en a informé le secrétariat du directeur en ces termes : « Juliette ne peut pas venir en réunion, elle est crevée », ce qui nous a valu un silence de plusieurs secondes… ! Quelques minutes plus tard, le directeur, Philippe JOSSE, et mon sous-directeur, Laurent GARNIER, rejoignaient le 2e pour constater l’état du sinistre. »